Entretien avec Anne-Sophie Brandalise, directeur des publics et du développement de l’Opéra national de Bordeaux

Rencontre avec Anne-Sophie Brandalise, directeur des publics et du développement de l’Opéra national de Bordeaux, ou le parcours d’une administratrice territoriale dans la sphère culturelle…

Anne-Sophie BRANDALISE, vous êtes administrateur territorial depuis 2006 (promotion Vercors) issue du concours interne. Quel a été votre parcours professionnel avant le concours ?

J’ai choisi la territoriale après des études à Sciences po Bordeaux conclues par un DEA de sciences politiques et une licence de philosophie.

Après la réussite au concours d’attaché territorial en 1995, j’ai obtenu un premier poste comme secrétaire générale adjointe à THOUARE SUR LOIRE, commune de 8000 habitants de la deuxième couronne de l’agglomération nantaise. Ce fut très formateur car on agit dans tous les domaines en travaillant étroitement avec les élus et la proximité du terrain d’action publique est une vraie richesse. J’ai ensuite souhaité changer de niveau de collectivité. Ma candidature a été retenue pour un poste de DRH adjointe au Conseil Général de Haute-Garonne en 1999  où j’ai eu en charge notamment la formation professionnelle, la négociation syndicale dans le cadre des CTP-CHS ainsi que la communication interne. Cette fonction a été très intéressante mais la structure était relativement pesante et laissait moins de place à l’autonomie.

Mes acquis de Sciences po étant encore frais, j’ai décidé de suivre la préparation CNFPT pour présenter le concours d’administrateur. Parallèlement, j’ai été contactée pour un poste de conseiller technique éducation culture jeunesse et sports au cabinet du Président du Conseil Régional d’Aquitaine, Alain ROUSSET. J’ai occupé ce poste pendant 18 mois, ce qui m’a permis d’approcher un troisième niveau de collectivité et d’approfondir la question des politiques culturelles. Nous étions, de plus, en pleine campagne des régionales 2004 : le terrain de jeu était alors très ouvert sur ces questions et les propositions innovantes bienvenues !

Après la réussite au concours (2003), j’ai demandé le report d’un an du début de ma formation qui a démarré effectivement en aout 2004.

Vous êtes aujourd’hui Directrice des publics et du développement de l’Opéra national de BORDEAUX. En quoi consiste votre métier ? Quelles en sont les problématiques ?

L’opéra de Bordeaux est l’un des 7 opéras nationaux avec ceux de Strasbourg, Nancy, Angers-Nantes, Lyon, Bordeaux, Montpellier. Il compte 200 artistes salariés permanents et représente le 2ème employeur culturel après l’opéra de Paris.

La Mairie de Bordeaux est notre principal financeur mais nous avons deux autres collectivités de tutelle : l’Etat et la Région. L’opéra est lié par une convention d’objectifs sur 5 ans avec ces partenaires publics qui lui assurent en contrepartie un financement public à hauteur de 80% environ.

Ma mission première est de « faire se rencontrer » la programmation d’un opéra national avec les publics et répondre ainsi à divers objectifs : des objectifs sociaux (diversifier et renouveler, élargir  les publics), des objectifs éducatifs (l’éveil au spectacle vivant par le biais du milieu scolaire ou de loisir) et des objectifs commerciaux (un taux de remplissage et réalisation de recettes propres).L’enjeu majeur est ainsi de construire des dispositifs incitatifs pour que le public franchisse les portes de l’opéra et ait envie d’y revenir.

Je dispose pour cela de quatre leviers :

  • un service billetterie qui repose sur une politique tarifaire mise en œuvre par une stratégie incluant les politiques d’abonnements et la vente de billets en ligne. Nous enregistrons 160.000 spectateurs par an ;
  • un service communication chargée de la réalisation des brochures, des programmes, de l’animation du site web de l’opéra et de l’ensemble des outils électroniques (newsletter…) ;
  • un service d’action culturelle-médiation qui bâtit la programmation des spectacles à destination des jeunes publics (10.000 scolaires, 10.000 familial).Il s’agit notamment de programmes éducatifs et d’action culturelle en direction des scolaires mais aussi de publics spécifiques (personnes handicapées ou à faibles revenus). Au total, cela représente 40.000 spectateurs par an qui, sans ces actions, ne viendraient sans doute jamais à l’opéra ;
  • enfin une cellule marketing /développement commercial en direction des groupes, des comités d’entreprises et se chargeant de la location d’espaces.

La mission développement des publics se déploie aussi sur le territoire aquitain , rayonnement régional très important pour nous. Nous programmons ainsi très régulièrement des spectacles en région et avons organisé un maillage territorial avec un réseau de lieux partenaires en Aquitaine.

Nous devons enfin assurer une mission « évènementiel ». En effet, l’ouverture  « physique » du grand-théâtre et l’ancrage du bâtiment dans la ville et le territoire urbain à travers la fête musique, les journées du patrimoine et d’autres évènements culturels, ont beaucoup contribué au renouvellement du public. Précisément, des indicateurs de renouvellement des publics, de comportement d’achats et de fréquentation culturelle plus globalement ont été mis en place dans ma direction. Ils ont permis notamment de mesurer une progression de 16 à 22% du nombre de spectateurs de moins de 26 ans.

Pour finir, la recherche de mécénat comme les projets de développement stratégique de l’Opéra National de Bordeaux à moyen terme (convention quinquennale, auditorium..) constituent des dossiers de fonds partagés de manière transversale avec l’ensemble de la direction générale.

Un administrateur territorial dans le domaine culturel, n’est-ce pas déjà une confrontation de deux cultures fort différentes ?

Je ne le pense pas. Contrairement peut-être à l’image que l’on peut en avoir, un établissement culturel a, comme toutes les administrations publiques, l’obligation de gérer de manière responsable des fonds publics. Son action est complémentaire avec l’axe artistique. Il faut comprendre que le secteur culturel n’est pas une planète à part, il est inséré dans des problématiques de territoire, de service public, de gestion. Il y a un cadre administratif à tenir dans une institution culturelle et cela est d’autant plus prégnant dans le contexte de gestion serrée des moyens financiers. Ainsi, il y a une vraie économie de la culture.

Qu’est-ce qui vous passionne dans vos fonctions de Directrice des publics et du développement de l’Opéra national de BORDEAUX ?

Travailler en équipe, ouvrir une institution culturelle telle que l’opéra, imaginer des outils incitatifs pour développer cette mission de service public…autant de dimensions passionnantes dans mon métier. J’y ai trouvé aussi un environnement de travail très favorable avec, pour le moment encore, une certaine aisance financière. Je m’aventure également de plus en plus, en étroite collaboration avec le directeur général,  sur le terrain de l’artistique (danse contemporaine, jeune public, artistes aquitains..), ce qui correspond aussi à ma sensibilité. Enfin, j’ai la chance de pouvoir travailler dans une vraie relation de confiance avec le directeur général et une autonomie importante avec l’équipe de direction.

En quoi un poste d’administrateur dans le domaine culturel vous parait-il accessible à un jeune administrateur frais émoulu de l’INET ?

Je pense qu’avant de rentrer de plain pied dans les politiques culturelles, il vaut mieux être un peu aguerri en finances, RH et management et avoir une vraie réflexion sur la dimension politique de notre action. Les expériences acquises auparavant dans d’autres secteurs ont été précieuses pour me donner une vision plus large de la fonction.

Ce sont des postes où, je crois, l’on n’a peut-être pas intérêt à « rentrer » trop vite. Ces fonctions comportent aussi un travail de relation avec le terrain politique et le terrain artistique. Il faut, à mon sens, un peu de « bouteille » car certaines relations humaines et professionnelles sont plus délicates à gérer sur ce terrain de l’art. Les artistes ou directeurs de lieux culturels ont parfois un « ego » et « une sensibilité » avec lesquels il faut composer…

Quelles qualités vous parait-il important d’avoir pour assumer les responsabilités d’un poste tel que le vôtre dans un opéra national ?

Un vrai goût pour l’action publique et les politiques culturelles, une vraie sensibilité artistique, un sens du management et des relations humaines. Et enfin, ne pas compter ses heures !

Publicités
Cet article, publié dans Politiques culturelles, est tagué , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s