PIERRICK SORIN, RETROSPECTIVE, PROSPECTIVE – du 11 juin au 29 août 2010, le Lieu Unique (Nantes) A la découverte de la politique culturelle de la Ville de Nantes

Depuis le 11 juin et jusqu’au 29 août prochain, le Lieu Unique, espace de création et d’exposition  à Nantes, accueille une grande rétrospective consacrée à l’œuvre de Pierrick Sorin, artiste vidéaste. L’entrée est gratuite. Pierrick Sorin utilise un cocktail de nouvelles technologies (vidéo, son, « hologrammes ») pour se mettre en scène – ou vous mettre en scène –  et propose un art particulièrement ludique et facile d’accès.

Exposition accessible, divertissante mais aussi bien souvent percutante, elle peut être l’occasion d’alimenter agréablement la réflexion de chacun sur l’art contemporain, le(s) rôle(s) de l’art et de l’artiste dans notre société, le statut d’amateur / spectateur/ consommateur d’œuvres d’art. Quelle place laisser au divertissement ? Comment combiner nécessité de plaire, d’être accessible, et portée intellectuelle du geste artistique ? Comment les nouvelles technologies renouvèlent-elles le débat ? Le renouvèlent-elles seulement ?

Une exposition sur Pierrick Sorin n’a à vrai dire rien de bien original pour les Nantais, qui connaissent souvent déjà son travail sur le bout des doigts.  Né à Nantes en 1950, il fait partie de ces artistes portés par le dynamisme de la politique culturelle nantaise durant ces 20 dernières années. Sur 100 euros, la ville de Nantes annonce en effet consacrer en 2010 14,6 euros à la politique culturelle (à comparer aux 15,4 euros consacrés à l’éducation par exemple).

Pour un EAT en vadrouille en Pays de la Loire, cette exposition mérite toutefois le détour à plusieurs titres.

Tous ceux qui ne connaissent pas Pierrick Sorin y découvriront une œuvre qui, pouvant sembler naïve au premier abord, dévoile vite son caractère burlesque, entre loufoque de situation et cynisme de l’artiste.

Mais ceux qui le connaissent déjà peuvent également consacrer un peu de leur temps à cette rétrospective  – le nombre d’œuvres  rassemblées, la scénographie et l’intérêt du lieu d’exposition en lui-même (le Lieu Unique est un lieu emblématique du renouvellement de la vie culturelle nantaise), justifient largement la sortie.

La gratuité de l’exposition – c’est rare ! – est bien sûr un plus.

Cependant, pour quelqu’un qui connaît peu Nantes, il s’agit surtout d’une porte d’entrée intéressante pour aborder – et, pourquoi pas, questionner – la politique culturelle nantaise. En vingt ans, les Allumées, La Folle Journée, le Lieu Unique, le Royal de Luxe et les Machines de l’Ile, sont devenus chacun à leur tour de véritables institutions, qui ont essaimé un peu partout en France, voire dans le monde. Sans prétendre connaître la stratégie développée par la Ville, on peut néanmoins sans trop s’avancer penser que Nantes a pris à une certaine époque un tournant important l’amenant  à soutenir fortement des événements artistiques d’ampleur, avec comme perspective l’attractivité de la Ville mais également un enjeu non négligeable de démocratisation de la culture. On peut noter également la volonté actuellement mise en avant par Nantes Métropole et la Ville de capitaliser sur ce mouvement pour nourrir le développement économique, en créant par exemple un Quartier de la création sur l’Ile de Nantes rassemblant écoles créatives et industries.

Pour amorcer une réflexion sur cette stratégie, il faut absolument voir le court-métrage « Nantes – projets d’artistes » réalisé en 2000 par Pierrick Sorin : il met en scène 7 vrai-faux artistes européens, soi-disant bénéficiaires de commandes de la Ville de Nantes, et proposant des œuvres urbaines toutes plus improbables les unes que les autres, dispersées un peu partout dans la ville pour le plus grand plaisir des Nantais. Regard amusé  sur une politique culturelle dynamique mais qui a été fortement sujette à critiques ces dernières années. Selon ses détracteurs, la politique culturelle de la Ville de Nantes, à force de dynamisme, aurait en effet perdu de vue le fond pour ne se préoccuper que de la forme. Certains mettent également en avant l’argument financier.

Mais porter un regard critique sur les tenants et aboutissants de cette politique mériterait de mener une étude approfondie – et le temps manque – sur son impact social, la cohérence des actions mises en œuvre (à côté des événements ponctuels, quid de la politique d’accès aux bibliothèques et médiathèques, aux musées par exemple ? quid du soutien aux petits intervenants ?) et leur  efficience. Toute politique culturelle est en effet composée d’un ensemble complexe de mesures et s’arrêter à l’une de ses dimensions, en l’occurrence le soutien à de grands acteurs et lieux culturels, serait absurde et improductif.

En conclusion, et après un mois passé à Nantes, on peut toutefois constater que la stratégie de Nantes semble a minima avoir fonctionner sur deux points.

–          Faire exister la culture dans la ville et dans la vie de ses habitants.  Tous les Nantais vous parleront avec émotion des premières années du Géant qui, porté par le Royal de Luxe, a investi leur ville au début des années 90.

–          Faire de la culture l’un des axes de son affirmation en tant que Métropole. Depuis 20 ans, l’image de la Ville a changé et son attractivité, y compris pour les jeunes administrateurs territoriaux, doit sans doute beaucoup à sa réputation d’être un lieu de culture(s).

Le débat reste cependant ouvert et, pour nourrir votre réflexion, la rétrospective sur Pierrick Sorin jusqu’au 29 août, mais aussi les Machines du Royal de Luxe, les festivals Aux heures d’été (Cultures d’ailleurs), puis Les rendez-vous de l’Erdre (Jazz), Scopitone (Arts numériques) et bien d’autres encore vous attendent à Nantes!

Dora Nguyen Van Yen

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