L’abbatiale de Conques : de l’art roman aux vitraux de Soulages

Sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle, au nord de Rodez, dans l’Aveyron, l’église abbatiale de Conques est un monument majeur du patrimoine architectural médiéval qui abrite sous ses voûtes séculaires un trésor de sculptures romanes. L’abbaye et le pont des Pèlerins qui enjambe le Dourdou pour permettre aux voyageurs d’accéder à Conques sont classés depuis 1998 Patrimoine mondial de l’Unesco.

HISTOIRE DE L’ABBATIALE DE CONQUES – TRESORS ROMANS ET TRESOR DE SAINTE-FOY

Le bourg médiéval de Conques se greffe autour de l’abbaye de Sainte-Foy. Son patrimoine architectural, essentiellement médiéval, est très riche. Le pont sur le Dourdou, la chapelle Saint-Roch, les remparts et les portes fortifiées de la ville, les fontaines publiques, le château d’Humières ou encore les ruelles escarpées et leurs maisons aux façades à pans de bois invitent le visiteur à voyager dans le temps.

L’église abbatiale, surtout, retient le regard du promeneur. Son tympan du Jugement dernier est monumental. Il a été réalisé au début du XIIème siècle, vraisemblablement sous l’abbatiat de Boniface, à la tête du monastère de 1107 à 1125, par un sculpteur qui avait sans doute déjà travaillé à la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle. Large de 6,70 mètres pour une hauteur de 3,60 mètres, il abrite cent vingt-quatre personnages. Tout s’ordonne autour de la figure centrale du Christ, démesurée par rapport aux autres personnages, et vers lequel le regard se trouve attiré. Sous la figure du Christ, on aperçoit la scène de la pesée des âmes. A sa gauche, l’enfer est comme l’image négative du paradis, situé à sa droite. Le peuple des élus est en marche vers la droite du Christ, sous la conduite de la Vierge, elle-même suivie de saint Pierre tenant la clef du paradis. Derrière eux, les autres personnages ne sont plus des saints. En effet, le « maître du tympan » eut l’audace d’insérer dans cette procession triomphale les figures marquantes de l’histoire du monastère de Conques. A la paix céleste, le sculpteur a également su opposer violemment le chaos et la confusion de l’enfer. Satan préside aux supplices. A ses côtés, tout un peuple hideux de démons s’emploie à châtier les auteurs des péchés capitaux.

L’abbatiale de Conques est remarquable également par sa structure romane, et en particulier par ses chapiteaux historiés. Elle en présente environ 250 qui se répartissent, pour l’essentiel, à l’intérieur de l’édifice, à l’étage des tribunes, et à la naissance des voûtes sous les arcs doubleaux.

Enfin, l’abbatiale de Conques est connue, notamment par les pèlerins, pour son trésor, dit de Sainte-Foy. En effet, à la fin du IIIème siècle, pendant l’occupation romaine de la Gaule, les persécutions contre les Chrétiens étaient importantes. Sainte-Foy, née à Agen dans une riche famille gallo-romaine, en fit les frais en 303, à l’âge de treize ans. Elle n’était pas connue à cette époque-là en dehors de la région, jusqu’à ce qu’un moine de Conques vole en 866 ses restes dans l’église de Sainte-Foy d’Agen pour les rapporter à Conques. Ce trésor de l’an mil, unique en Europe, regroupe de nombreux reliquaires recouverts d’or et d’argent, d’émaux, de camées, d’intailles et de pierres précieuses. Comme la plupart des autres trésors d’église en France, le trésor de Conques aurait pu être confisqué par la Convention, en 1793, et fondu à la Monnaie Nationale. Mais les habitants de Conques ont longtemps caché les reliques dans leurs maisons et jardins, puis reconstitué le trésor en les rassemblant. Le Trésor de Sainte-Foy constitue l’un des cinq grands trésors européens d’orfèvrerie médiévale – avec Aix-la-Chapelle, Rome, Vienne et Venise. Il a été classé Monument Historique en 1895, témoignant de sa haute valeur patrimoniale pour les citoyens.

Eléments le constituant notamment :

  • Majesté de Sainte-Foy, statue-reliquaire pré-romane : cette statue, seul exemplaire conservé des statues reliquaires pré-romanes, renferme le sommet du crâne de Sainte-Foy ;
  • Statuette de Sainte-Foy en argent ;
  • Autel portatif de Sainte-Foy (début du XIIème siècle) ;
  • Reliquaire de Pépin (IX-XIème siècle).

VITRAUX DE PIERRE SOULAGES

Commandés par le ministère de la Culture et achevés en 1994, les vitraux de l’abbatiale Sainte-Foy sont l’œuvre du peintre contemporain Pierre Soulages. Entièrement blancs et de formes diverses, ils respectent la simplicité de l’architecture romane à l’extérieur, et révèlent sa beauté à l’intérieur en laissant pénétrer la lumière dans l’église. En effet, de 1986 à 1994, Pierre Soulages a travaillé à la réalisation des 104 vitraux de l’abbatiale en mettant au point un nouveau matériau, un verre unique, adapté à ses recherches sur la lumière.

PATRIMOINE DE L’AVEYRON ET DE LA REGION MIDI-PYRENEES

L’influence de Conques sur le tourisme local a été reconnu en 2008 par le Conseil Régional Midi-Pyrénées avec la reconnaissance de la commune comme l’un des Grands Sites de Midi-Pyrénées. C’est en effet en juillet 2008 que la Région a initié la politique des Grands Sites. Sur les 15,5 millions de visiteurs dans la Région, 13 millions passent dans ces sites. Le dispositif des Grands Sites s’appuie sur des contrats d’objectifs passés entre la Région, les départements, et les collectivités concernées. Ces contrats ont pour but de faire émerger des projets structurants que la plupart des sites ne peuvent réaliser seuls et de les accompagner en terme d’ingénierie. La promotion et la communication de ces sites se font également de façon collective (site Internet, plaquette, charte graphique).

Si vos pas vous mènent en Aveyron, allez donc découvrir Conques!

Anne-Céline Imbaud

Illustrations : http://cliophoto.clionautes.org/galleries/HISTOIRE/Moyen-Age/Chretiente/jm_conques.jpg; http://www.tourisme-conques.fr/fr/histoire-patrimoine/eglise-abbatiale/images/chapiteaux-diap/serie-chapiteaux-conques-2.jpg

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