Activités pédagogiques innovantes dans les musées

Les activités culturelles et pédagogiques proposées par les musées (visites guidées, ateliers, conférences, promenades etc.) génèrent une part assez réduite de leur fréquentation globale, mais ces prestations sont devenues une préoccupation centrale à mesure de l’intérêt croissant des professionnels de musées pour la question des publics.

Ce phénomène s’est accompagné de la création dans presque tous les établissements de services dédiés. Ces services se sont construits contre l’idée selon laquelle l’œuvre d’art, par sa seule présence, serait susceptible de susciter l’adhésion du public, toute action de médiation étant suspectée d’altérer la relation aux oeuvres. Un certain nombre de principes communs sont désormais bien partagés. L’appréhension des œuvres, la construction du jugement esthétique et la réceptivité aux formes nouvelles d’expression artistique reposent d’abord sur la familiarisation avec les codes esthétiques et l’histoire des arts. Mais il est également admis que l’acte de transmission dans le champ de l’éducation artistique et culturelle n’est pas réductible à un enseignement. Il rend nécessaire la mise en place de dispositifs favorisant une posture active du public visé. Parmi ceux-ci, l’engagement dans une pratique artistique est vue comme la meilleure initiation aux processus de production des œuvres et donc à leur compréhension. C’est la raison du développement des ateliers, qui se distinguent cependant des autres lieux de pratiques amateurs par le lien qui doit subsister avec les œuvres conservées dans le musée. Mais la visite guidée et l’atelier, s’ils restent dominants dans les offres et les pratiques, se sont diversifiés, adaptés aux publics cibles et ne sont plus les seules modalités possibles.

Attirer de nouveaux publics grâce aux nouvelles technologies ?

Plusieurs institutions développent des projets qui semblent davantage prendre les jeunes, et notamment les adolescents, en considération. Ils reposent souvent sur des approches responsabilisantes, comme l’exposition de travaux d’élèves. L’objectif est de stimuler la création artistique par un processus de recherche, de création et de production menant à la réalisation d’une exposition autour d’un thème. Il s’agit d’amener les participants à procéder comme des artistes professionnels en menant leur projet à travers une démarche échelonnée sur plusieurs mois (visites dans des lieux d’exposition, rencontres avec des artistes professionnels, une période de recherche et une période de production, le plus souvent). La culture commune à ces tranches d’âge repose cependant souvent sur un état d’esprit anti-institutionnel, où prime l’état d’entre-soi, même sans activité définie, et l’aspiration à l’autonomie. De ce point de vue, la mise à disposition d’espaces dédiés, avec mise à disposition de NTIC et de matériel vidéo et photo est une piste à explorer, alors que les nouvelles technologies se développent considérablement dans l’univers muséal. Les principales innovations dans le secteur reposent ainsi sur Internet, la 3D et l’imagerie de synthèse, notamment en France au musée de Cluny. À Londres, la National Gallery offre le téléchargement Wi-Fi et bluetooth pour téléphone mobile d’une sélection de son fonds de peintures, afin de préparer au mieux sa visite, l’effectuer et en conserver le souvenir. À la suite de la National Gallery, du Brooklyn Museum et du Musée national du Moyen Age-Thermes de Cluny, le Grand Palais s’est lui aussi doté de l’application de téléchargement. Il diffuse ­gratuitement, via une borne Wi-Fi ­et bluetooth située à l’entrée, des clips sur l’histoire du lieu, son actualité, ses ­coulisses et des témoignages d’artistes, de directeurs de salons ou de commissaires d’exposition. Parallèlement, les sites Internet proposent de plus en plus des versions complètes et interactives des expositions, contribuant ainsi à rendre l’offre plus accessible au regard des pratiques adolescentes.

Le public handicapé est également une cible privilégié de ces dispositifs innovants. En matière de handicap, le Centre Pompidou a ainsi développé un site dédié et proposait jusqu’en février 2010 l’expérimentation « Images tactiles », qui offre aux personnes aveugles et malvoyantes de découvrir la peinture par le toucher. Un logiciel a en effet permis de graver en relief des tableaux comme La Femme au chapeau de Picasso. Dix tableaux ont été transposés en relief et cinq sont exposés, des descriptifs en gros caractères et en braille complètant le dispositif. Par ailleurs, le Musée-Château de Fontainebleau mène depuis plusieurs années de nombreuses actions d’éducation artistique et culturelle, comme « Les portes du temps », et des projets de découverte des ressources patrimoniales du site par des CLIS (classe d’intégration scolaire), dispositif d’intégration pour des élèves présentant une déficience des fonctions cognitives.

Outre de telles adaptations de l’offre à des publics nouveaux, une autre piste repose sur les potentiels internes aux mondes de l’art.

Interdisciplinarité et croisements des pratiques artistiques

Pour les auteurs du rapport « Actions pilotes en matière d’éducation artistique et culturelle dans les établissements du ministère de la culture » (Jean-Marc Lauret et Olivia-Jeanne Cohen, juin 2009, 109 pages), la rencontre avec les œuvres s’enrichit du croisement des approches, des regards et des arts. Comment entrer dans le tableau, passer du ressenti premier devant l’œuvre à la construction d’un rapport sensible et cognitif à l’œuvre ? Le croisement des regards, les passerelles entre des approches et des chemins d’art différents, plastique, chorégraphique, théâtral, musical sont ainsi expérimentés par plusieurs établissements comme un élément de réponse à cette question.

Le Louvre expérimente par exemple avec un certain succès un croisement entre danse et arts graphiques. Une des activités récemment proposées en ce sens supposait l’accueil d’un chorégraphe invité à imaginer un voyage parmi les oeuvres exposées au musée du Louvre, en résonance avec le spectacle qu’il présente au théâtre de Chaillot. Une conférencière des musées nationaux accompagnait ce voyage auquel ont assisté des groupes d’élèves, d’étudiants, de spectateurs abonnés du Théâtre national de Chaillot ou simplement les visiteurs du musée. Les Nocturnes du Vendredi, partenariat entre le Musée du Louvre et le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris, repose sur le même principe. Animées par des jeunes musiciens du Conservatoire, les Nocturnes du vendredi constituent une programmation destinée en priorité aux jeunes adultes âgés de 18 à 26 ans et cherchent à approcher différemment les collections du Louvre en établissant des liens entre musique et arts plastiques. L’enjeu est de conjuguer analyse musicale et analyse plastique et de s’approprier l’acoustique des salles du musée. Dans les ateliers du Centre Pompidou, des lycéens peuvent aussi découvrir simultanément une oeuvre d’art plastique et l’univers complexe des sons. Le travail du son, accompagné par les ingénieurs de l’Institut de recherche acoustique/Musique (IRCAM), se fait à partir des sons capturés par les élèves (section de mécanique automobile) dans les ateliers du lycée professionnel.

Plight (J. Beuys)

La rencontre avec l’œuvre plastique, accompagnée par un conférencier du Musée d’Art Moderne, se déroule parallèlement sur plusieurs séances (en 2008/09 devant l’œuvre de Joseph Beuys, Plight).

Dans une perspective similaire mais pour un patrimoine plus classique, des élèves d’une cinquième d’Ile de France ont été confrontés cette année au patrimoine bâti d’un ensemble de monuments gothiques (Conciergerie, Sainte-Chapelle et tours de la cathédrale Notre-Dame), géré par le Centre des monuments nationaux, au travers de l’utilisation de la vidéo et la réalisation d’un film. Ils croisent également leur réflexion avec celle d’un ensemble de musiciens pratiquant le sound-painting afin de donner au film une bande originale.

On le voit à travers ces quelques exemples, les innovations dans le champ des activités pédagogiques des musées sont prometteuses et ouvrent de nouvelles perspectives pour tous ceux qui s’intéressent au volet social des politiques culturelles.

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2 commentaires pour Activités pédagogiques innovantes dans les musées

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